La mer, des vieux et moi
"Bienvenue à Joli-les-plages, coin de paradis et de calme. Dans un cadre idyllique, dans une magnifique cabane tout confort et…"
Enfin, c'est ce que clamait la brochure. Pour être exact il y avait de l'eau, des rochets et un truc qui ressemblait vaguement à une cabane. Trois planches de bois qui tenaient debout on ne sait comment, peut être à l'aide de clou pointus et rouillés qui, à tout les coups, allés me refiler les tétanos. Devant la vision apocalyptique de ce qu'allait être mes vacances, j'ai préféré monter le son de mon MP3 en retenant mes larmes de couler.
L'intérieur de mon palace? Un matelas, un carton en guise de table et, grand luxe, une baignoire dans un coin. Je soupirais en regardant dehors, à travers les vitres sales: de l'eau, de l'eau et encore de l'eau, parfois un nuage pour contraster avec le ciel et cette foutue étendue bleuâtre que je détestais plus que n'importe quoi. Qu'est ce que je venais foutre ici, moi allergique au soleil, aux crustacés, à l'eau, au sel et à tout ce qui peut avoir un rapport avec ma pire ennemie: la mer.
C'est bien simple et c'est tout à fait en rapport, si je suis venue ici crever dans un cabanon pourri à trifouilli les oies c'est que ma, haut combien vénérée, mère c'était mise dans la tête:
"Qu'à 20 ans il faut quitter le coquons familiale et travailler."
Et rien de tel qu'être saisonnier. Alors me voilà, coincée dans 5 mètre carré à tout péter à regarder un truc bleu et liquide faire des vagues. Si seulement il y avait des gars, si seulement ce n'était pas un village de vieux retraités qui faisaient du bronzage intégral! Je fus parcourue d'un frisson apercevant marcher sur la plage, une vieille femme sans haut de maillot, ses seins tombant sous mes yeux comme de glaviot de vaches.
"Huuuuu."
Je glissais à terre, découragée. 1 mois soit, 4 semaines ou encore 30 jours c'est à dire 720 heures dans ce trou perdu à regarder des vieux sécher et mourir sous un soleil de plombs. Programme au combien fantastique. Je me concentrais sur Mika qui hurlait dans mes écouteurs pour oublier la vision d'horreur qui avait parcouru la plage devant mes yeux qui, désormais, refusaient catégoriquement de s'ouvrir. Et si, et si, et si j'appelais maman, là, tout de suite pour lui dire que je déclarais forfait. Le téléphone en main je composais le numéro, fébrile, des gouttes de sueurs coulant lentement sur mon front. Une sonnerie, deux…
"Maman?"
"Oui? C'est toi ma chérie? Ho, je suis heureuse de t'entendre! Tout va bien?!"
"Heu…"
"Tu sais, je suis vraiment fière de toi, ma fille."
"Heu… M'man…"
"Ca prouve enfin à ton père que tu n'es pas une bonne à rien!"
"Je…"
"Et que tu feras quelque chose de ta vie, pas comme moi, ton imbécile de mère. Tu ne vivras au crochet de personne toi au moins, une jeune femme indépendante!"
"Héhé…"
"Tu voulais me dire?"
"Heu… je t'aime."
"Je t'aime aussi mon amour."
Et elle a raccroché… Bon et bien, il ne me restait plus qu'à visiter ce village de plouc. La plage ce n'était pas si horrible, le sable sous les pieds c'était plutôt agréable et l'air y est frai, respirable. Au fond, ce n'était pas si terrible, je m'en sortirais peut être même vivante, avec un peu de chance. Mais qu'est ce que je pouvais bien raconter moi? Ca puait la moule moisie ici, et ce … de sable me gratte horriblement, ça s'infiltre n'importe où. Je détestais cette endroit, je détestais être indépendante.
"Je vous déteste aussi."
Hurlais-je à un couple de vieux croûtons qui passait non loin de moi. Heureusement qu'il me restait mon MP3. Mon amour, le seul le vrai, mon sauveur! Heureusement que je pouvais me couper de tout cela, que je pouvais oublier, que je…
Plouf.
"Et merde..."